Le cumul emploi-retraite concerne un nombre croissant de retraités français : plus de 500 000 personnes exercent une activité professionnelle tout en percevant leur pension de retraite. Cette situation, encouragée par les pouvoirs publics pour pallier la pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs, soulève des questions spécifiques en matière d'épargne retraite. Peut-on continuer à alimenter un PER ? Quel intérêt fiscal à verser sur un PER quand on cumule pension et revenus d'activité ? Comment optimiser la liquidation du PER dans ce contexte ? Ce guide apporte des réponses concrètes aux retraités actifs qui souhaitent tirer le meilleur parti de leur PER.
Le cumul emploi-retraite en 2026 : les règles essentielles
Le cumul intégral
Le cumul intégral des revenus d'activité et de la pension est possible sans aucun plafonnement si deux conditions cumulatives sont réunies :
- Vous avez liquidé l'ensemble de vos pensions de retraite (base et complémentaires, tous régimes)
- Vous avez atteint l'âge légal de départ (64 ans depuis 2023) et justifiez du taux plein (nombre de trimestres requis), ou vous avez atteint l'âge d'annulation de la décote (67 ans)
Dans cette configuration, vous pouvez percevoir des revenus d'activité illimités sans aucune réduction de vos pensions.
Le cumul plafonné
Si les conditions du cumul intégral ne sont pas remplies — par exemple si vous reprenez une activité avant d'avoir le taux plein — vos revenus d'activité sont plafonnés. En cas de dépassement du plafond applicable, la pension de retraite est réduite ou suspendue proportionnellement.
La réforme 2023 : de nouveaux droits à la retraite
Changement majeur depuis la réforme des retraites de 2023 : le cumul emploi-retraite intégral ouvre désormais de nouveaux droits à la retraite. Les cotisations vieillesse versées pendant la période de cumul génèrent une seconde pension, liquidable au moment de la cessation définitive d'activité. Ce changement renforce l'intérêt du cumul emploi-retraite, tant sur le plan des droits obligatoires que sur le plan de l'épargne facultative via le PER.
Peut-on verser sur un PER en cumul emploi-retraite ?
Avant la liquidation du PER : oui, sans restriction
Tant que vous n'avez pas demandé la liquidation de votre PER (en capital ou en rente), vous pouvez continuer à effectuer des versements volontaires, quelle que soit votre situation vis-à-vis de la retraite obligatoire. Un retraité en cumul emploi-retraite peut donc verser chaque année sur son PER et bénéficier de la déduction fiscale, exactement comme un actif.
Après la liquidation du PER : impossible sur le même contrat
Une fois le PER liquidé (totalement ou partiellement en rente), il n'est plus possible d'y effectuer de nouveaux versements. Toutefois, rien n'interdit d'ouvrir un nouveau PER auprès d'un autre gestionnaire et de recommencer à épargner avec un avantage fiscal. Cette possibilité est méconnue mais parfaitement légale.
Cas du PERECO en cumul emploi-retraite
Si vous reprenez une activité salariée dans une entreprise disposant d'un PERECO, vous pouvez y verser de l'intéressement, de la participation et bénéficier de l'abondement de l'employeur, même en cumul emploi-retraite. L'abondement reste un rendement immédiat imbattable, y compris pour un retraité actif.
Ouvrir un nouveau PER après liquidation de l'ancien
Si vous avez liquidé votre PER à 64 ans et que vous reprenez une activité en cumul emploi-retraite, vous pouvez parfaitement ouvrir un nouveau PER individuel (par exemple un Linxea Spirit PER ou un PER Placement-direct) et recommencer à y verser avec déduction fiscale. L'antériorité fiscale du nouveau PER commencera à courir dès l'ouverture. Cette stratégie est particulièrement pertinente si votre activité en cumul génère des revenus significatifs et un TMI élevé.
La déductibilité fiscale en cumul emploi-retraite
Le calcul du plafond de déduction
En cumul emploi-retraite, le plafond de déduction PER est calculé sur vos revenus d'activité (et non sur vos pensions de retraite, qui ne sont pas des revenus professionnels) :
- 10 % des revenus professionnels nets de l'année N-1
- Minimum : 4 637 € (10 % du PASS 2026 = 10 % de 46 368 €)
- Maximum : 37 094 € (10 % de 8 PASS)
Si vous n'avez aucun revenu d'activité (retraité non actif), seul le plafond minimum de 4 637 € s'applique. Avec des revenus d'activité, le plafond augmente proportionnellement.
Ce plafond s'ajoute aux éventuels plafonds non utilisés des 3 années précédentes, offrant une capacité de versement déductible potentiellement importante.
L'intérêt de la déduction selon le TMI
En cumul emploi-retraite, le cumul de la pension et des revenus d'activité peut placer le retraité actif dans une tranche d'imposition élevée, rendant la déduction PER particulièrement avantageuse.
| TMI du retraité actif | Économie pour 5 000 € versés | Intérêt de la déduction |
|---|---|---|
| 0 % | 0 € | Aucun — optez pour la non-déduction |
| 11 % | 550 € | Faible — à évaluer au cas par cas |
| 30 % | 1 500 € | Intéressant — déduction recommandée |
| 41 % | 2 050 € | Très intéressant |
| 45 % | 2 250 € | Maximal — déduction à maximiser |
Exemple chiffré : Geneviève, 66 ans, consultante à temps partiel
Geneviève, 66 ans, ancienne directrice financière, perçoit des pensions de retraite de 36 000 €/an. Elle exerce en parallèle une activité de consultante en gestion financière à temps partiel, qui lui rapporte 25 000 €/an net. Son revenu total imposable est de 61 000 €, ce qui la place dans la tranche à 30 %.
Plafond de déduction PER :
- 10 % × 25 000 € = 2 500 €, mais le minimum est de 4 637 €
- Plafond PER 2026 : 4 637 €
- Avec le report des 3 années précédentes (Geneviève n'a jamais versé sur un PER) : 4 × 4 637 = 18 548 € de plafond cumulé disponible
Stratégie de Geneviève : Elle ouvre un PER Yomoni et verse 10 000 € en 2026 (dans la limite de son plafond cumulé).
- Économie d'impôt : 10 000 € × 30 % = 3 000 €
- Son revenu imposable passe de 61 000 € à 51 000 €, ce qui réduit aussi sa tranche d'imposition sur les derniers euros de revenus
- Si elle verse 5 000 €/an pendant 4 ans (jusqu'à 70 ans) puis liquide en capital à 71 ans alors qu'elle aura cessé son activité (TMI à 11 % sur ses seules pensions), elle aura économisé 6 000 € d'impôt à l'entrée et paiera environ 2 200 € à la sortie — gain net de 3 800 €
Stratégies d'optimisation en cumul emploi-retraite
Stratégie 1 : exploiter l'écart de TMI entre entrée et sortie
C'est la stratégie fondamentale du PER et elle fonctionne remarquablement bien en cumul emploi-retraite. Pendant le cumul, vos revenus totaux (pension + activité) vous placent dans une tranche élevée (30 % ou 41 %). Vous déduisez vos versements PER à ce taux élevé. À la cessation de l'activité, votre TMI redescend (souvent à 11 % voire 0 % si vos seules pensions sont modestes). Vous sortez le PER en capital à ce taux plus faible. L'écart entre le taux de déduction et le taux de sortie constitue votre gain fiscal net.
Stratégie 2 : PER non déductible pour les TMI faibles
Si votre cumul emploi-retraite ne vous fait pas dépasser la tranche à 11 %, la déduction fiscale est peu intéressante (11 % d'économie seulement). Optez alors pour des versements non déductibles : à la sortie en capital, seules les plus-values seront taxées (PFU de 30 %), les versements étant exonérés d'IR. Et en sortie en rente, vous bénéficierez du régime favorable des RVTO (fraction imposable de 30 % seulement si vous avez plus de 70 ans).
Stratégie 3 : utiliser le PER comme outil de transmission
Le PER présente des avantages successoraux significatifs tant que vous ne l'avez pas liquidé :
- Décès avant 70 ans : les sommes sont transmises aux bénéficiaires désignés avec l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (régime de l'assurance-vie)
- Décès après 70 ans : application de l'article 757 B du CGI avec un abattement global de 30 500 € puis droits de succession, mais le conjoint marié ou pacsé reste totalement exonéré
En cumul emploi-retraite, si vous avez entre 64 et 70 ans et que vous n'avez pas besoin immédiatement de votre PER, maintenir le PER non liquidé permet de conserver cet avantage successoral. Chaque versement effectué avant 70 ans bénéficiera de l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire.
Stratégie 4 : ouvrir un PER pour « prendre date »
Si vous n'avez jamais ouvert de PER, le cumul emploi-retraite est l'occasion idéale de « prendre date ». Même un versement modeste suffit pour faire courir l'antériorité fiscale du contrat. Certains avantages du PER (comme le régime des RVTO en cas de sortie en rente non déduite) sont d'autant plus intéressants que l'âge de liquidation est élevé.
Stratégie 5 : articuler PER et assurance-vie
En cumul emploi-retraite, votre capacité d'épargne est souvent supérieure à vos seules pensions. Plutôt que de tout concentrer sur le PER (dont la liquidité est limitée), répartissez votre effort entre PER (pour la déduction fiscale) et assurance-vie (pour la liquidité et la transmission). Le PER absorbe le plafond de déduction, l'assurance-vie accueille le surplus. Les meilleurs contrats — Linxea Spirit 2, Swisslife — permettent d'investir sur les mêmes supports dans les deux enveloppes.
Le timing optimal de la liquidation du PER
Ne pas se précipiter
La liquidation du PER est possible dès l'âge légal de la retraite, mais elle n'est pas obligatoire. Si vous êtes en cumul emploi-retraite et n'avez pas besoin immédiatement des fonds, retarder la liquidation présente plusieurs avantages :
- Le capital continue de fructifier (intérêts composés)
- Vous continuez à bénéficier de la déduction fiscale sur vos versements
- L'avantage successoral est maintenu (clause bénéficiaire opérante en cas de décès)
- Vous augmentez l'âge de conversion en rente, donc le taux de rente servi
Choisir l'année de sortie la plus favorable
Idéalement, liquidez le PER l'année où vos revenus sont les plus bas. Si vous cessez votre activité de cumul à 68 ans, attendez l'année N+1 (69 ans) pour sortir le PER, quand vos seuls revenus seront les pensions de retraite. Votre TMI sera plus faible et la fiscalité sur les versements déduits sera réduite.
Cas particuliers en cumul emploi-retraite
Le micro-entrepreneur retraité
Si vous exercez en micro-entreprise en cumul emploi-retraite, vos revenus d'activité (après abattement forfaitaire micro) génèrent un plafond PER basé sur le revenu global. Le versement PER est déductible du revenu global, ce qui est particulièrement intéressant car le micro-entrepreneur n'a pas d'autres leviers de déduction (pas de charges réelles déductibles en micro).
Le dirigeant retraité
Si vous conservez un mandat social (gérant de SARL, président de SAS), vos rémunérations de dirigeant sont des revenus professionnels qui génèrent un plafond PER calculé sur ces rémunérations. Attention : l'article 154 bis (plafond majoré Madelin) ne s'applique pas si vous êtes assimilé salarié (président de SAS).
La retraite progressive
En retraite progressive (activité à temps partiel + pension partielle), vous pouvez continuer à verser sur votre PER. Le plafond est calculé sur votre rémunération réduite. Cette phase de transition est idéale pour préparer la liquidation du PER : vous pouvez commencer à fractionner les sorties en capital tout en continuant à verser sur un autre compartiment.
5 pièges à éviter en cumul emploi-retraite
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Verser sur un PER déjà liquidé : impossible. Ouvrez un nouveau contrat si nécessaire.
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Confondre plafond pension et plafond activité : seuls les revenus d'activité génèrent un plafond PER supérieur au minimum. La pension seule donne droit au plancher de 4 637 € (2026).
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Déduire sans intérêt : si votre TMI est à 0 % ou 11 %, la déduction est faible et la fiscalité de sortie risque d'annuler l'avantage. Privilégiez les versements non déductibles.
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Ignorer l'impact sur les aides sociales : les revenus d'activité en cumul peuvent impacter votre taux de CSG sur les pensions, votre taxe foncière et certaines aides sous conditions de ressources.
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Oublier le seuil de 70 ans pour la transmission : avant 70 ans, les versements PER bénéficient de l'abattement de 152 500 €. Après 70 ans, seul l'abattement de 30 500 € s'applique. Calibrez vos versements en conséquence.
L'impact du cumul emploi-retraite sur la CSG des pensions
Un point souvent négligé : le cumul de revenus d'activité et de pensions peut modifier votre taux de CSG applicable aux pensions. En 2026, les taux de CSG sur les pensions sont de :
- 0 % (exonération) si le RFR est inférieur au seuil
- 3,8 % (taux réduit)
- 6,6 % (taux médian)
- 8,3 % (taux normal)
Le versement sur un PER, en réduisant votre revenu imposable et donc votre RFR, peut vous permettre de rester dans une tranche de CSG plus favorable. C'est un avantage indirect mais significatif : passer de 8,3 % à 6,6 % de CSG sur une pension de 36 000 €/an représente une économie de 612 €/an.
Conclusion
Le PER reste un outil fiscal et patrimonial pertinent en cumul emploi-retraite, à condition d'adapter sa stratégie au contexte spécifique de cette situation. L'intérêt principal réside dans la déduction fiscale des versements lorsque le TMI est élevé (le cumul pension + activité propulse souvent dans la tranche à 30 % ou plus), dans l'avantage successoral pour les épargnants de moins de 70 ans, et dans la possibilité de sortir le PER en capital une année de faibles revenus (après cessation de l'activité en cumul). La clé est de calibrer les versements en fonction de votre TMI actuel et anticipé à la sortie, et de ne pas se précipiter sur la liquidation du PER si la situation ne l'exige pas.
Les informations contenues dans cet article sont données à titre indicatif et ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. Les règles du cumul emploi-retraite et du PER peuvent évoluer. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine pour une analyse adaptée à votre situation.