Introduction : comprendre l'architecture d'un contrat multisupport
L'assurance vie multisupport est le type de contrat le plus répandu aujourd'hui en France. Contrairement au contrat monosupport (investi uniquement en fonds euros), le contrat multisupport permet de répartir son épargne entre un fonds euros sécurisé et des unités de compte (unités de compte) offrant un potentiel de rendement supérieur en contrepartie d'un risque de perte en capital.
En 2024, les contrats multisupport représentent plus de 90 % des nouvelles souscriptions. Les encours totaux de l'assurance vie en France atteignent environ 1 950 milliards d'euros, dont environ 60 % sont encore investis en fonds euros et 40 % en unités de compte, cette proportion évoluant chaque année en faveur des unités de compte.
Cet article vous explique en détail le fonctionnement d'un contrat multisupport, les mécanismes du fonds euros et des unités de compte, les arbitrages, et les stratégies d'allocation selon votre profil.
Le fonds euros : le pilier sécuritaire
Principe de fonctionnement
Le fonds euros est le compartiment sécurisé d'un contrat d'assurance vie. Son fonctionnement repose sur deux garanties fondamentales :
- La garantie en capital : l'assureur s'engage à restituer au minimum 100 % du capital net investi (après frais de gestion). Votre épargne ne peut pas baisser.
- L'effet cliquet : les intérêts acquis chaque année sont définitivement acquis et s'ajoutent au capital garanti. Ils produisent eux-mêmes des intérêts les années suivantes.
Composition de l'actif général
L'assureur investit les fonds collectés dans ce qu'on appelle l'actif général, typiquement composé de :
- Obligations d'État et d'entreprises : 60 % à 80 % (principalement des obligations à taux fixe)
- Immobilier : 5 % à 15 % (bureaux, commerces, logistique)
- Actions : 5 % à 15 %
- Monétaire et autres : 2 % à 5 %
Cette allocation très prudente explique pourquoi le rendement du fonds euros est modéré mais régulier.
Rendements historiques
| Période | Rendement moyen du marché (net de frais de gestion) |
|---|---|
| 2015 | 2,30 % |
| 2016 | 1,80 % |
| 2017 | 1,80 % |
| 2018 | 1,80 % |
| 2019 | 1,50 % |
| 2020 | 1,30 % |
| 2021 | 1,10 % |
| 2022 | 1,90 % |
| 2023 | 2,50 % |
| 2024 | 2,50 % (estimation moyenne) |
Depuis 2022, la remontée des taux d'intérêt a permis une nette amélioration des rendements des fonds euros, après une décennie de baisse continue. Les meilleurs fonds euros affichent désormais entre 3 % et 4 % en 2024.
Les fonds euros nouvelle génération
Pour tenter d'offrir de meilleurs rendements, certains assureurs ont créé des fonds euros dits "nouvelle génération" ou "dynamiques" :
- Fonds euros à dominante immobilière (ex : Suravenir Opportunités 2, Euro Allocation Long Terme 2) : plus investis en immobilier et en actions, avec une contrainte d'investissement minimum en unités de compte (30 % à 50 %).
- Fonds euros bonifiés : le taux servi augmente avec la proportion d'unités de compte dans le contrat. Par exemple, +0,50 % si plus de 40 % d'unités de compte, +1 % si plus de 60 % d'unités de compte.
- Fonds euros à garantie partielle : la garantie ne porte que sur 96 % à 98 % du capital, permettant une gestion plus dynamique de l'actif.
Les unités de compte : le moteur de performance
Qu'est-ce qu'une unité de compte ?
Une unité de compte (unités de compte) est un support d'investissement dont la valeur fluctue à la hausse comme à la baisse. Contrairement au fonds euros, l'assureur ne garantit pas le capital investi en unités de compte : il garantit le nombre de parts, pas leur valeur.
Exemple concret : si vous investissez 1 000 EUR dans un fonds actions quand la part vaut 100 EUR, vous détenez 10 parts. Si la part monte à 120 EUR, votre investissement vaut 1 200 EUR. Si elle descend à 80 EUR, il ne vaut plus que 800 EUR.
Les différentes catégories d'unités de compte
OPCVM classiques (fonds d'investissement)
Ce sont les supports les plus courants. Un gérant professionnel sélectionne les titres selon une stratégie définie :
- Fonds actions : investis en actions (France, Europe, monde, émergents, sectoriels)
- Fonds obligataires : investis en obligations d'entreprises ou d'État
- Fonds diversifiés : mix actions/obligations avec des proportions variables
- Fonds monétaires : investis en instruments de court terme, très peu risqués
Les frais internes de ces fonds varient de 1 % à 2,5 % par an, ce qui pèse sur la performance nette.
ETF (trackers)
Les ETF (Exchange Traded Funds) répliquent un indice boursier à moindre coût. Leurs avantages sont majeurs :
- Frais de gestion très faibles : 0,10 % à 0,50 % par an
- Diversification immédiate (un ETF MSCI World = 1 500 actions dans 23 pays)
- Transparence totale sur la composition
- Performance historiquement supérieure à 80-90 % des fonds actifs sur le long terme
Disponibilité : encore peu proposés en banque traditionnelle, les ETF sont de plus en plus accessibles sur les contrats en ligne (Linxea Spirit 2, Lucya Cardif, Bourso Vie).
SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier)
Les SCPI permettent d'investir dans l'immobilier locatif (bureaux, commerces, santé, logistique) de manière mutualisée. Intégrées à un contrat d'assurance vie, elles offrent :
- Un rendement attractif : 4 % à 6 % par an en moyenne
- Une diversification immobilière sans gestion locative
- La fiscalité avantageuse de l'assurance vie (pas d'imposition directe des loyers)
Attention : dans un contrat d'assurance vie, les loyers des SCPI sont souvent réduits de 10 % à 15 % par l'assureur, et les frais de gestion du contrat s'ajoutent.
SCI et SC (Sociétés Civiles)
Les SCI et SC sont des véhicules d'investissement immobilier collectif similaires aux SCPI mais avec plus de souplesse dans l'allocation. Elles sont très utilisées dans les contrats d'assurance vie.
Exemples : SCI Capimmo, SCI Viagénérations, SC Pythagore.
Private equity
Certains contrats en ligne proposent désormais des fonds de private equity (investissement dans des entreprises non cotées). Ces supports offrent un potentiel de rendement élevé mais sont illiquides et risqués.
Exemples : Eurazeo Private Value, FCPR Idinvest.
La mécanique des arbitrages
Définition
Un arbitrage est un transfert d'épargne d'un support à un autre au sein du même contrat. Il permet de modifier la répartition de son allocation sans sortir du contrat (et donc sans implication fiscale).
Types d'arbitrages
- Arbitrage ponctuel : vous décidez de transférer une somme d'un support à un autre à un moment donné.
- Arbitrage programmé : transfert automatique et régulier (ex : 500 EUR par mois du fonds euros vers un ETF monde).
- Arbitrage de sécurisation des plus-values : lorsqu'un support a gagné X %, les plus-values sont automatiquement transférées vers le fonds euros.
- Arbitrage de dynamisation des intérêts : les intérêts annuels du fonds euros sont automatiquement investis en unités de compte.
- Arbitrage stop-loss : si un support perd X %, l'encours est automatiquement transféré vers le fonds euros.
Exemple d'utilisation intelligente des arbitrages
Nathalie, 55 ans, directrice administrative, détient 200 000 EUR dans son contrat multisupport avec la répartition suivante :
- 60 % fonds euros : 120 000 EUR
- 25 % ETF actions monde : 50 000 EUR
- 15 % SCPI : 30 000 EUR
En vue de son départ à la retraite dans 7 ans, elle met en place :
- Un arbitrage programmé mensuel de 1 000 EUR des unités de compte actions vers le fonds euros (sécurisation progressive)
- Un arbitrage de sécurisation des plus-values à +15 % sur les unités de compte actions
- Le maintien des SCPI pour leur rendement régulier
Cette stratégie lui permet de réduire progressivement son risque à l'approche de la retraite tout en conservant un potentiel de rendement à moyen terme.
Stratégies d'allocation selon votre profil
Profil prudent (horizon 2-5 ans ou aversion au risque élevée)
- Fonds euros : 70 % à 85 %
- unités de compte obligataires : 10 % à 15 %
- SCPI/SCI : 5 % à 15 %
- unités de compte actions : 0 % à 5 %
Rendement espéré : 2,5 % à 4 % par an Risque de perte maximale : faible (moins de 5 % sur un an)
Profil type : Jean-Pierre, 63 ans, retraité, qui souhaite faire fructifier ses 150 000 EUR d'épargne tout en préservant son capital pour compléter sa retraite.
Profil équilibré (horizon 5-10 ans)
- Fonds euros : 40 % à 55 %
- unités de compte obligataires : 10 % à 15 %
- SCPI/SCI : 10 % à 20 %
- unités de compte actions (fonds diversifiés, ETF) : 20 % à 35 %
Rendement espéré : 4 % à 6 % par an Risque de perte maximale : modéré (10 à 15 % sur un an)
Profil type : Claire, 45 ans, enseignante, qui prépare sa retraite à horizon 20 ans et accepte des fluctuations modérées pour obtenir un meilleur rendement.
Profil dynamique (horizon 10 ans et plus)
- Fonds euros : 15 % à 30 %
- SCPI/SCI : 10 % à 20 %
- unités de compte actions (ETF monde, Europe, émergents) : 50 % à 70 %
- Private equity / fonds thématiques : 0 % à 10 %
Rendement espéré : 6 % à 8 % par an Risque de perte maximale : élevé (20 à 30 % sur un an, mais historiquement toujours récupéré sur 10 ans)
Profil type : Thomas, 32 ans, ingénieur, qui investit 500 EUR par mois pour sa retraite dans 30 ans et peut se permettre une forte exposition aux marchés.
Profil offensif (horizon 15 ans et plus, forte tolérance au risque)
- Fonds euros : 0 % à 10 %
- unités de compte actions monde (ETF) : 70 % à 90 %
- unités de compte actions thématiques/émergents : 10 % à 20 %
- Private equity : 0 % à 10 %
Rendement espéré : 7 % à 10 % par an Risque de perte maximale : très élevé (30 à 40 % sur un an)
Profil type : Damien, 28 ans, développeur freelance, qui dispose d'une épargne de précaution par ailleurs et investit l'intégralité de son assurance vie en actions pour maximiser la performance sur le très long terme.
Exemple chiffré : l'impact de l'allocation sur 20 ans
Comparons trois allocations différentes pour un investissement initial de 30 000 EUR complété par 300 EUR/mois pendant 20 ans :
| Prudent (80/20) | Équilibré (50/50) | Dynamique (20/80) | |
|---|---|---|---|
| Rendement annuel estimé | 3,0 % | 5,0 % | 7,0 % |
| Capital investi total | 102 000 EUR | 102 000 EUR | 102 000 EUR |
| Valeur finale | 139 400 EUR | 168 900 EUR | 207 100 EUR |
| Plus-values générées | 37 400 EUR | 66 900 EUR | 105 100 EUR |
| Pire année possible | -2 % | -10 % | -25 % |
L'écart est considérable : en choisissant un profil dynamique plutôt que prudent, Émilie, 35 ans, pharmacienne, peut espérer environ 67 700 EUR de plus-values supplémentaires sur 20 ans, à condition d'accepter des fluctuations significatives en cours de route.
Monosupport vs multisupport : faut-il encore choisir ?
Le contrat monosupport
Le contrat monosupport n'offre qu'un seul support : le fonds euros. Il garantit le capital et offre un rendement annuel modeste. Ces contrats ne sont quasiment plus commercialisés aujourd'hui (sauf certains vieux contrats encore ouverts).
Avantages :
- Simplicité absolue
- Capital garanti à 100 %
- Aucune décision de gestion à prendre
Inconvénients :
- Rendement insuffisant pour compenser l'inflation sur le long terme
- Pas de diversification possible
- Souvent des frais élevés sur les vieux contrats
Pourquoi le multisupport s'impose
Le contrat multisupport est devenu la norme car il offre une flexibilité totale :
- Vous pouvez investir 100 % en fonds euros si vous le souhaitez (il se comporte alors comme un monosupport)
- Vous pouvez adapter votre allocation au fil du temps
- Vous accédez à une diversification impossible en monosupport
Notre conseil : même si vous êtes un épargnant très prudent, ouvrez un contrat multisupport. Vous n'êtes pas obligé d'investir en unités de compte immédiatement, mais vous aurez la possibilité de le faire ultérieurement si vos objectifs évoluent.
Les contraintes à connaitre
Investissement minimum en unités de compte
De plus en plus d'assureurs imposent un investissement minimum en unités de compte sur les nouveaux versements :
- Suravenir (Linxea Avenir 2) : 30 % minimum en unités de compte pour accéder au fonds euros Suravenir Opportunités 2
- Spirica (Linxea Spirit 2) : pas de contrainte sur le fonds euros classique
- Generali (Bourso Vie) : 25 % à 30 % minimum en unités de compte selon les promotions
Cette contrainte vise à orienter l'épargne vers les unités de compte (plus rentables pour l'assureur) dans un contexte de taux bas.
Délai de valorisation
- Fonds euros : valorisation quotidienne, opérations exécutées sous 24-72h
- OPCVM/ETF : valorisation quotidienne, arbitrage exécuté à J+1 ou J+2
- SCPI : valorisation mensuelle ou trimestrielle, délais d'investissement et de désinvestissement de 1 à 3 mois
- Private equity : valorisation trimestrielle, liquidité très réduite
Frais spécifiques aux unités de compte
Au-delà des frais de gestion du contrat (prélevés par l'assureur), chaque unités de compte supporte ses propres frais internes :
- OPCVM classiques : 1 % à 2,5 % par an
- ETF : 0,10 % à 0,50 % par an
- SCPI : 0 % de frais supplémentaires (mais rendement distribué réduit de 10-15 %)
Le cumul des frais (contrat + support) est un critère essentiel dans le choix de vos unités de compte.
Comment construire son allocation en pratique
Étape 1 : Définir son horizon d'investissement
La durée pendant laquelle vous n'aurez pas besoin de cet argent détermine le niveau de risque acceptable. Plus l'horizon est long, plus vous pouvez vous permettre d'investir en actions.
Étape 2 : Évaluer sa tolérance au risque
Posez-vous cette question : si votre portefeuille perdait 20 % en un mois (soit 10 000 EUR sur un investissement de 50 000 EUR), que feriez-vous ?
- A) Je vends tout immédiatement → profil prudent
- B) Je suis inquiet mais j'attends → profil équilibré
- C) J'en profite pour investir davantage → profil dynamique
Étape 3 : Choisir les supports
- Pour le fonds euros : optez pour un contrat avec un bon fonds euros (Spirica, Suravenir Opportunités 2)
- Pour les actions : privilégiez les ETF larges (MSCI World, S&P 500, Stoxx 600) pour leurs frais réduits
- Pour l'immobilier : sélectionnez 2-3 SCPI diversifiées ou une SCI
- Pour les obligations : un fonds obligataire daté ou un ETF obligataire
Étape 4 : Rééquilibrer régulièrement
Une fois par an, vérifiez que votre allocation est toujours conforme à votre cible. Si les actions ont fortement progressé et représentent désormais 60 % au lieu de 40 %, arbitrez l'excédent vers le fonds euros.
Points clés à retenir
- Un contrat multisupport permet d'investir à la fois en fonds euros (garanti) et en unités de compte (non garanti mais potentiellement plus performant)
- Le fonds euros offre la sécurité grâce à la garantie en capital et l'effet cliquet
- Les unités de compte regroupent des supports variés : OPCVM, ETF, SCPI, private equity
- Les arbitrages permettent de modifier sa répartition sans fiscalité
- L'allocation doit être adaptée à votre horizon, votre tolérance au risque et vos objectifs
- Les ETF représentent le meilleur rapport rendement/frais pour la composante actions
- Un rééquilibrage annuel est recommandé pour maintenir votre allocation cible
- Même un épargnant prudent a intérêt à ouvrir un multisupport pour sa flexibilité