Mis à jour 2026-06-0110 min

Fiscalite Assurance Vie au Deces : Les Abattements 2026

Fiscalite de l'assurance vie au deces : abattement 152 500 euros, prelevement de 20 % et 31,25 %, impact de l'age des versements et exemples chiffres.

MR
Mottalib Radif

Passionné de finance personnelle

L'assurance vie occupe une place centrale dans la stratégie de transmission patrimoniale en France. Grâce à son régime fiscal dérogatoire au droit commun des successions, elle permet de transmettre un capital à des bénéficiaires désignés dans des conditions fiscales souvent très avantageuses, en particulier lorsque les bénéficiaires ne sont pas des héritiers en ligne directe. Ce régime, principalement encadré par les articles 757 B et 990 I du Code Général des Impôts, repose sur une distinction fondamentale : l'âge de l'assuré au moment des versements. Comprendre cette articulation est indispensable pour optimiser la transmission de son patrimoine via l'assurance vie.

Versements effectués avant 70 ans : l'article 990 I du CGI

L'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire

Pour les primes versées avant le 70e anniversaire de l'assuré, chaque bénéficiaire désigné dans la clause bénéficiaire dispose d'un abattement de 152 500 euros. Cet abattement s'apprécie par bénéficiaire et pour l'ensemble des contrats souscrits par l'assuré auprès de différents assureurs. Si un assuré a désigné ses deux enfants comme bénéficiaires de trois contrats différents, chaque enfant dispose d'un abattement unique de 152 500 euros sur la totalité des capitaux reçus.

Au-delà de l'abattement, les capitaux sont soumis à un prélèvement spécifique, distinct des droits de succession classiques :

  • 20 % sur la fraction comprise entre 152 500 euros et 852 500 euros (soit sur une tranche de 700 000 euros)
  • 31,25 % sur la fraction excédant 852 500 euros

Ce barème est nettement plus avantageux que le barème des droits de succession en ligne directe (qui monte jusqu'à 45 %) et incomparablement plus favorable que les droits entre non-parents (60 %). C'est l'un des principaux attraits de l'assurance vie comme outil de transmission.

Le périmètre du prélèvement : capital + intérêts

Point important : sous le régime de l'article 990 I, l'assiette du prélèvement porte sur la totalité des capitaux versés au bénéficiaire, c'est-à-dire les primes versées par l'assuré plus les intérêts et plus-values générés par ces primes. Ce sont donc bien les capitaux au décès qui sont pris en compte, et non les seules primes versées. Un contrat dont les primes ont été multipliées par deux grâce à de bonnes performances sera taxé sur la valeur au décès.

Exemple chiffré : Gérard, 72 ans, ancien chef d'entreprise

Gérard, 72 ans, ancien chef d'entreprise dans le BTP, a souscrit un contrat Linxea Spirit 2 il y a 20 ans. Il l'a alimenté avec 500 000 euros de versements effectués entre 52 et 68 ans (donc avant ses 70 ans). Grâce à une allocation diversifiée entre fonds euros et unités de compte (ETF monde, SCPI), le contrat vaut 780 000 euros au moment de son décès.

Gérard a désigné ses trois enfants comme bénéficiaires à parts égales dans la clause bénéficiaire.

Part revenant à chaque enfant : 780 000 / 3 = 260 000 euros

Fiscalité par enfant (article 990 I) :

  • Abattement : 152 500 euros
  • Base taxable : 260 000 - 152 500 = 107 500 euros
  • Prélèvement : 107 500 × 20 % = 21 500 euros
  • Chaque enfant reçoit net : 260 000 - 21 500 = 238 500 euros

Total prélevé : 3 × 21 500 = 64 500 euros, soit un taux effectif de 8,27 % sur les 780 000 euros transmis.

Comparaison avec la succession classique : Si les 260 000 euros avaient été transmis par succession classique (après abattement de 100 000 euros par enfant en ligne directe), les droits auraient été d'environ 32 194 euros par enfant, soit 96 582 euros au total. L'assurance vie fait économiser 32 082 euros de droits de transmission pour les trois enfants.

Gérard avait également versé 50 000 euros après ses 70 ans sur un second contrat Boursorama Vie, dont les gains et la fiscalité relèvent du régime différent de l'article 757 B (voir ci-dessous).

Versements effectués après 70 ans : l'article 757 B du CGI

L'abattement de 30 500 euros global

Pour les primes versées après le 70e anniversaire de l'assuré, le régime est sensiblement moins favorable. Un abattement global de 30 500 euros s'applique, mais contrairement à l'abattement de 152 500 euros qui est individuel par bénéficiaire, celui-ci est partagé entre tous les bénéficiaires et tous les contrats confondus.

Au-delà de 30 500 euros, les primes versées (hors intérêts) sont réintégrées dans la succession et soumises aux droits de mutation à titre gratuit selon le barème de droit commun, en tenant compte du lien de parenté entre l'assuré et chaque bénéficiaire.

L'avantage méconnu : l'exonération totale des intérêts

Un point capital souvent négligé par les épargnants : seules les primes versées sont taxables sous le régime de l'article 757 B. Les intérêts et plus-values générés par ces primes échappent totalement aux droits de succession. Sur un contrat conservé longtemps après 70 ans (15, 20 ans ou plus), cet avantage peut être considérable.

Un assuré qui verse 100 000 euros après 70 ans et conserve son contrat pendant 20 ans avec un rendement moyen de 4 % par an verra son contrat atteindre environ 219 000 euros. Les 119 000 euros d'intérêts seront transmis en franchise totale de droits, tandis que seuls 69 500 euros de primes (100 000 - 30 500 d'abattement) seront réintégrés dans la succession.

Comparaison des deux régimes fiscaux de l'assurance vie au décès
CritèreArticle 990 I (avant 70 ans)Article 757 B (après 70 ans)
Abattement152 500 € par bénéficiaire30 500 € global (tous bénéficiaires confondus)
Assiette taxableCapital transmis (primes + intérêts)Primes versées uniquement (hors intérêts)
Barème applicable20 % puis 31,25 %Droits de succession de droit commun
Exonération des intérêtsNon (les intérêts sont taxés)Oui (totale)
Exonération du conjointOui (totale)Oui (totale)
Contrats concernésPrimes versées avant 70 ansPrimes versées après 70 ans

L'articulation entre les deux régimes

Un même contrat peut relever des deux articles

Si un assuré a effectué des versements avant et après 70 ans sur un même contrat, chaque versement relève de son régime propre :

  • Les capitaux correspondant aux versements avant 70 ans : article 990 I (abattement de 152 500 euros par bénéficiaire)
  • Les primes versées après 70 ans : article 757 B (abattement global de 30 500 euros)

L'assureur effectue la ventilation et fournit les informations nécessaires à l'administration fiscale et aux bénéficiaires. En pratique, les assureurs tiennent un double historique comptable des versements répartis selon l'âge de l'assuré au moment de chaque versement.

Contrats souscrits avant le 20 novembre 1991

Les contrats souscrits avant le 20 novembre 1991 bénéficient d'un régime historique encore plus favorable : les primes versées avant le 13 octobre 1998 sont totalement exonérées de tout prélèvement, quel que soit l'âge de l'assuré au moment des versements et quel que soit le montant transmis. Ces très anciens contrats constituent de véritables niches fiscales pour la transmission, et il est impératif de ne jamais les clôturer tant que cette exonération historique subsiste.

Les dates clés à retenir pour la fiscalité au décès

  • Avant le 20/11/1991 (date de souscription) et avant le 13/10/1998 (date des versements) : exonération totale
  • Après le 20/11/1991 et versements avant 70 ans : article 990 I (abattement 152 500 € par bénéficiaire)
  • Après le 20/11/1991 et versements après 70 ans : article 757 B (abattement global 30 500 €)
  • Après le 13/10/1998 (date des versements) : application systématique des articles 990 I ou 757 B selon l'âge

Ces dates s'appliquent contrat par contrat et versement par versement. Il est crucial de conserver un historique précis de ses versements.

La rédaction de la clause bénéficiaire : un enjeu fiscal majeur

Optimiser le nombre de bénéficiaires

Puisque l'abattement de 152 500 euros (article 990 I) s'applique par bénéficiaire, multiplier le nombre de bénéficiaires permet de multiplier les abattements. Cette stratégie est particulièrement efficace pour les patrimoines importants en assurance vie.

Un capital de 600 000 euros (versements avant 70 ans) :

Nombre de bénéficiairesAbattement totalBase taxablePrélèvement total
1 bénéficiaire152 500 €447 500 €89 500 €
2 bénéficiaires305 000 €295 000 €59 000 €
3 bénéficiaires457 500 €142 500 €28 500 €
4 bénéficiaires610 000 €0 €0 €

Avec 4 bénéficiaires, le capital de 600 000 euros est transmis sans aucun prélèvement. L'économie entre 1 et 4 bénéficiaires est de 89 500 euros.

Les pièges de la clause type

La clause bénéficiaire standard « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers » n'est pas toujours optimale. Elle doit être adaptée à chaque situation patrimoniale et familiale. Par exemple, dans une famille recomposée, cette clause exclurait les beaux-enfants. Pour une personne sans enfants, elle pourrait diriger les capitaux vers des héritiers éloignés fortement taxés.

Il est possible de désigner :

  • Des parents proches ou éloignés
  • Des amis ou des tiers sans lien de parenté
  • Des associations ou fondations reconnues d'utilité publique (exonérées)
  • Des personnes morales

Le démembrement de la clause bénéficiaire

Le démembrement de la clause bénéficiaire est une technique patrimoniale avancée qui consiste à attribuer l'usufruit (ou le quasi-usufruit) du capital à un bénéficiaire (souvent le conjoint) et la nue-propriété à d'autres bénéficiaires (souvent les enfants).

Fonctionnement pratique :

  • Le conjoint survivant reçoit la totalité des capitaux en quasi-usufruit : il en dispose librement de son vivant
  • Les enfants détiennent une créance de restitution sur la succession du conjoint survivant, inscrite au passif de cette succession
  • Le conjoint étant totalement exonéré (loi TEPA 2007), aucun prélèvement n'est dû à son bénéfice
  • Chaque enfant bénéficie de l'abattement de 152 500 euros au premier décès

L'intérêt est double : le conjoint conserve la jouissance des fonds et les enfants bénéficient de l'abattement de 152 500 euros dès le premier décès, tout en récupérant les fonds (via la créance de restitution déductible) au second décès.

Le cas du conjoint survivant

Depuis la loi TEPA du 21 août 2007, le conjoint survivant (marié ou pacsé) est totalement exonéré de droits de succession. Cette exonération s'étend au prélèvement de l'article 990 I du CGI. Le conjoint bénéficiaire d'une assurance vie ne paie donc aucun droit ni prélèvement, quel que soit le montant transmis.

Cette exonération totale a un impact sur la stratégie de rédaction de la clause bénéficiaire. Puisque le conjoint est exonéré dans tous les cas (assurance vie ou succession), désigner le conjoint comme unique bénéficiaire d'une assurance vie ne procure pas d'avantage fiscal spécifique par rapport à une transmission par succession. L'intérêt de l'assurance vie pour le conjoint réside davantage dans la rapidité de versement des fonds (hors succession, donc hors délais de liquidation successorale) et la disponibilité immédiate du capital.

Stratégie de transmission selon l'âge des versements

Avant 70 ans : maximiser les versements

L'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire rend les versements avant 70 ans extrêmement avantageux pour la transmission. Un assuré ayant deux enfants et trois petits-enfants peut désigner ses cinq descendants comme bénéficiaires, mobilisant ainsi 5 × 152 500 = 762 500 euros d'abattements. Cette stratégie peut être mise en place sur des contrats accessibles comme Linxea Spirit 2 ou Lucya Cardif, sans nécessiter de contrats haut de gamme.

Après 70 ans : ne pas renoncer

Contrairement à une idée répandue, il reste intéressant de verser sur une assurance vie après 70 ans. L'abattement de 30 500 euros est certes modeste, mais l'exonération totale des intérêts peut représenter un avantage considérable sur le long terme. Un versement de 200 000 euros à 71 ans, avec un rendement de 3,5 % par an, génère environ 100 000 euros d'intérêts en 15 ans, intégralement exonérés de droits de succession. Par comparaison, transmettre ces 100 000 euros par succession classique coûterait entre 20 000 et 40 000 euros de droits selon le lien de parenté.

Attention à la requalification en donation indirecte

Si les versements effectués sur une assurance vie sont « manifestement exagérés » au regard du patrimoine et des revenus de l'assuré, les héritiers réservataires ou l'administration fiscale peuvent demander la requalification en donation indirecte et la réintégration des primes dans la succession. La jurisprudence apprécie le caractère exagéré au cas par cas, en tenant compte de l'âge de l'assuré, de son patrimoine global, de ses revenus et de l'utilité du contrat. Consultez un notaire ou un avocat fiscaliste si vos versements représentent une part très importante de votre patrimoine.

Obligations déclaratives au décès

Au décès de l'assuré, les obligations déclaratives sont réparties entre l'assureur et les bénéficiaires :

L'assureur doit :

  1. Déclarer les capitaux versés à l'administration fiscale (formulaire 2705-A pour l'article 990 I)
  2. Prélever le montant du prélèvement de l'article 990 I avant de verser les fonds aux bénéficiaires
  3. Pour l'article 757 B, informer les bénéficiaires et le notaire de la réintégration des primes dans la succession

Les bénéficiaires doivent :

  1. Mentionner les capitaux reçus dans la déclaration de succession, même si un abattement ou une exonération s'applique
  2. Fournir à l'assureur les justificatifs d'identité et un certificat de vie
  3. Conserver les documents transmis par l'assureur pour leur propre déclaration

Le versement des capitaux par l'assureur intervient généralement dans un délai d'un à trois mois après réception de l'ensemble des pièces justificatives, indépendamment des délais de liquidation de la succession.

Conclusion

Le régime fiscal de la clause bénéficiaire fait de l'assurance vie un outil de transmission incontournable en France. La combinaison de l'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans, de l'exonération totale du conjoint, de l'exonération des intérêts après 70 ans et d'une rédaction optimisée de la clause bénéficiaire permet de transmettre des capitaux importants dans des conditions fiscales très favorables. La clé réside dans l'anticipation : alimenter ses contrats avant 70 ans, adapter la clause bénéficiaire à sa situation familiale et envisager le démembrement pour les patrimoines les plus importants.

Les informations fiscales présentées dans cet article sont à jour au moment de la rédaction et sont fournies à titre informatif. Elles ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé. Pour toute décision patrimoniale, consultez un notaire ou un avocat fiscaliste.

Sources et références

  • [1]Code Général des Impôts - Article 990 I (taxation succession AV)
  • [2]Code Général des Impôts - Article 757 B (versements après 70 ans)
  • [3]Code des assurances - Articles L132-1 à L132-27 (Legifrance)
  • [4]Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP) - Assurance vie
MR
Mottalib Radif

Passionné de finance personnelle et d'investissement. Je rédige des guides pratiques sur l'assurance vie et le PER pour aider les épargnants à faire les meilleurs choix. Contenus conformes aux sources officielles (BOFiP, DGFIP, Code des assurances).

Voir mon profil LinkedIn
Avertissement :Les informations présentées dans cet article sont à titre informatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Consultez un conseiller financier avant toute décision d'investissement.