La retraite ne se prepare pas six mois avant de quitter son emploi. C'est un projet de long terme qui se construit progressivement, année après année, en ajustant ses décisions en fonction de l'évolution de sa carrière, de ses revenus et de ses objectifs de vie. Pourtant, selon une enquete du Cercle des Épargnants publiée en 2025, plus de 60 % des Français n'ont aucune idée du montant de leur future pension. Ce manque d'anticipation conduit souvent a des situations financières difficiles au moment du départ en retraite, avec un niveau de vie qui peut chuter de 30 à 50 % par rapport à la vie active.
Ce guide vous propose une méthode structurée, étape par étape, pour planifier sereinement votre retraite en 2026, quel que soit votre age actuel.
Étape 1 : Estimer ses besoins financiers à la retraite
La première question a se poser est simple en apparence mais fondamentale : de combien aurez-vous besoin chaque mois une fois à la retraite ? La réponse dépend de votre mode de vie actuel et de celui que vous projetez à la retraite.
Les conseillers en gestion de patrimoine utilisent généralement la regle des 70-80 % : un retraite a besoin de 70 à 80 % de son dernier revenu net pour maintenir son niveau de vie. Cette estimation tient compte de la disparition de certaines charges liées à l'activité professionnelle (transport domicile-travail, habillement professionnel, restauration du midi) et de la fin du remboursement éventuel du crédit immobilier de la résidence principale.
Cependant, cette regle est une moyenne qui masque de grandes disparités. Certains postes de depenses augmentent à la retraite : les loisirs, les voyages, les depenses de santé non remboursées, l'aide aux petits-enfants. D'autres diminuent : les charges liées à l'emploi, l'épargne elle-meme (vous n'avez plus besoin de cotiser pour votre retraite une fois à la retraite), les impôts dans la plupart des cas.
Pour une estimation réaliste, établissez un budget prévisionnel détaille en listant vos depenses actuelles et en les ajustant poste par poste. N'oubliez pas d'intégrer les depenses de santé qui augmentent significativement avec l'age, ainsi que d'éventuels frais de dépendance en fin de vie.
Étape 2 : Évaluer ses droits à la retraite
Une fois vos besoins estimes, il faut déterminer ce que le système de retraite obligatoire vous versera. Pour cela, plusieurs outils sont a votre disposition.
Le simulateur officiel du GIP Union Retraite, accessible sur info-retraite.fr, est l'outil de référence. Il agrege les données de l'ensemble de vos régimes de retraite (régime général, régimes complémentaires Agirc-Arrco, régimes spéciaux) et vous fournit une estimation personnalisée de votre pension en fonction de différents ages de départ. Depuis 2024, ce simulateur integre les effets de la reforme des retraites de 2023.
Votre releve individuel de situation (RIS), envoyé automatiquement tous les 5 ans à partir de 35 ans, recapitule l'ensemble de vos droits acquis. Vérifiez-le attentivement car des erreurs sont frequentes, notamment en cas de périodes travaillées à l'étranger, de multi-activite ou de changements de statut professionnel.
Le simulateur M@rel sur info-retraite.fr
Le simulateur M@rel, accessible depuis votre espace personnel sur info-retraite.fr, vous permet de faire des projections en modifiant vos hypothèses d'évolution de carrière (augmentation de salaire, passage a temps partiel, interruption d'activité). C'est l'outil le plus fiable pour estimer votre pension future car il se base sur vos droits réellement acquis auprès de chaque régime. Consultez-le au moins une fois par an à partir de 45 ans.
Étape 3 : Calculer l'écart entre besoins et droits acquis
L'écart entre vos besoins estimes et votre pension prévisionnelle constitue le montant que vous devrez combler par votre épargne personnelle. C'est ce que les professionnels appellent le « gap de retraite ».
Prenons un exemple concret. Sophie, 45 ans, cadre dans le secteur prive, gagne 4 500 euros nets par mois. Elle estime avoir besoin de 3 500 euros mensuels à la retraite (78 % de son revenu actuel). Le simulateur info-retraite lui indique une pension prévisionnelle de 2 400 euros par mois a 64 ans. Son gap de retraite est donc de 1 100 euros par mois, soit 13 200 euros par an.
Pour combler cet écart, Sophie doit constituer un capital capable de générer ces 1 100 euros mensuels pendant toute la durée de sa retraite. En appliquant la regle des 25 fois les depenses annuelles (basée sur un taux de retrait de 4 % par an), elle a besoin d'un capital de 330 000 euros au moment de son départ en retraite.
Ce calcul doit être realise en euros constants, c'est-à-dire en tenant compte de l'inflation. Un écart de 1 100 euros aujourd'hui correspondra a environ 1 500 euros dans 19 ans avec une inflation moyenne de 2 % par an.
Étape 4 : Les stratégies de comblement du gap de retraite
Plusieurs véhicules d'épargne et d'investissement permettent de constituer le capital nécessaire. La stratégie optimale combine généralement plusieurs d'entre eux.
Le Plan d'Épargne Retraite (PER)
Le PER est l'enveloppe dédiée à la préparation de la retraite. Son principal avantage est la deductibilite des versements du revenu imposable, dans la limite du plafond de déduction (10 % des revenus nets d'activité, avec un minimum de 4 637 euros et un maximum de 37 094 euros en 2026). Pour un contribuable dont le taux marginal d'imposition est de 30 %, chaque euro verse sur un PER ne coute réellement que 0,70 euro grâce à l'économie d'impôt.
Le PER offre une grande souplesse à la sortie : capital, rente viagère ou combinaison des deux. En revanche, l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipe prévus par la loi (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, fin de droits au chômage, surendettement, liquidation judiciaire).
L'assurance-vie
L'assurance-vie est le complément idéal du PER. Elle offre une liquidité totale (rachat possible a tout moment), une fiscalité allégée après 8 ans (abattement annuel de 4 600 euros sur les gains pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple), et des avantages successoraux considérables (abattement de 152 500 euros par bénéficiaire sur les versements effectues avant 70 ans).
A la retraite, l'assurance-vie peut être utilisée pour compléter les revenus via des rachats partiels programmes, en profitant de la fiscalité avantageuse après 8 ans.
Le PEA (Plan d'Épargne en Actions)
Le PEA est l'enveloppe la plus performante sur le long terme pour investir en actions européennes. Après 5 ans de détention, les gains sont exoneres d'impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent). Le plafond de versement est de 150 000 euros.
Le PEA est particulièrement adapte pour les épargnants de moins de 50 ans qui ont un horizon de placement long et qui acceptent la volatilité des marches actions en echange d'un potentiel de rendement supérieur.
L'immobilier locatif
L'immobilier reste une valeur refuge dans l'esprit des Français et constitue un bon complément pour préparer sa retraite. Les loyers perçoivent des revenus complémentaires réguliers, et le bien peut être revendu en cas de besoin de liquidité.
Attention toutefois a ne pas surponderer l'immobilier dans votre patrimoine. Les frais d'acquisition (7-8 % dans l'ancien), les charges d'entretien, les périodes de vacance locative et la fiscalité des revenus fonciers peuvent considérablement réduire la rentabilité nette. Le financement a crédit presente en revanche l'avantage de l'effet de levier.
La timeline par age : quand faire quoi
25-35 ans : poser les fondations
A cet age, le temps est votre meilleur allie grâce à la puissance des intérêts composes. Même de petits montants investis régulièrement produisent des résultats spectaculaires sur 30 à 40 ans. Ouvrez un PEA et une assurance-vie pour prendre date. Commencez par des versements modestes (100 à 200 euros par mois) repartis entre ces deux enveloppes. Privilégiez les supports dynamiques (ETF actions monde, fonds diversifies) car votre horizon de placement est très long.
A ce stade, le PER n'est pas forcement prioritaire si votre TMI est faible (0 % ou 11 %). L'avantage fiscal à l'entrée serait modeste et la sortie sera imposée.
35-45 ans : accélérer l'effort d'épargne
Vos revenus augmentent généralement entre 35 et 45 ans. Profitez-en pour augmenter vos versements mensuels. Si votre TMI atteint 30 % ou plus, ouvrez un PER et commencez a y verser régulièrement. Diversifiez votre patrimoine : PEA pour les actions, assurance-vie pour le fonds euros et les unités de compte, éventuellement un premier investissement immobilier locatif a crédit.
Faites votre premier bilan retraite complet sur info-retraite.fr et vérifiez votre releve individuel de situation.
45-55 ans : optimiser et sécuriser progressivement
C'est la période charnière. Vous avez encore 10 à 20 ans devant vous, mais il est temps de structurer sérieusement votre plan. Augmentez les versements sur le PER si votre TMI est eleve (30 %, 41 % ou 45 %). Commencez à sécuriser progressivement les supports les plus volatils en basculant une partie des actions vers des obligations ou des fonds euros.
Faites un point annuel avec votre simulateur retraite et ajustez votre stratégie en fonction de l'évolution de vos droits.
55-65 ans : la dernière ligne droite
Dans les 5 à 10 ans précédant votre départ, sécurisez progressivement votre épargne. Réduisez l'exposition aux actions au profit de supports moins volatils. Préparez votre stratégie de sortie du PER (capital, rente ou mixte). Simulez l'impact fiscal de différents scénarios. Prenez rendez-vous avec votre caisse de retraite pour un entretien information retraite (EIR) gratuit, obligatoirement propose a 55 et 60 ans.
Ne négligez pas l'inflation dans vos projections
L'inflation est le pire ennemi silencieux de l'épargnant. Avec une inflation moyenne de 2 % par an, le pouvoir d'achat est divise par deux en 35 ans. Cela signifie que 1 000 euros aujourd'hui n'en vaudront plus que 500 en termes de pouvoir d'achat en 2061. Intégrez systématiquement l'inflation dans vos calculs et privilégiez les placements dont le rendement réel (après inflation) est positif : actions, immobilier, fonds euros performants. Un livret A a 2,4 % ne protege même pas contre une inflation a 2,5 %.
Les erreurs courantes qui compromettent la retraite
Commencer trop tard
C'est l'erreur la plus frequente et la plus coûteuse. Repousser le début de l'épargne de 10 ans double quasiment l'effort mensuel nécessaire pour atteindre le même objectif. Un épargnant qui commence a 25 ans avec 200 euros par mois et un rendement annuel moyen de 6 % dispose de 400 000 euros à 65 ans. Pour obtenir le même capital en commençant a 35 ans, il faudrait verser 380 euros par mois. Et en commençant a 45 ans, il faudrait atteindre 780 euros par mois.
Sous-estimer l'inflation
Beaucoup d'épargnants raisonnent en euros courants sans tenir compte de l'érosion du pouvoir d'achat. Un objectif de 300 000 euros dans 30 ans nécessite en réalité de viser 540 000 euros en valeur nominale avec une inflation de 2 % par an. Les placements a rendement faible (livrets, comptes a terme) ne protègent pas le pouvoir d'achat sur le long terme.
Compter uniquement sur la retraite de base
Le taux de remplacement moyen en France se situe entre 50 % et 75 % du dernier salaire, avec de fortes disparités selon les professions et les régimes. Pour les cadres supérieurs dont les revenus dépassent le plafond de la Sécurité sociale, le taux de remplacement peut tomber en dessous de 50 %. Il est indispensable de constituer une épargne complémentaire pour éviter une chute brutale du niveau de vie.
Ne pas diversifier ses placements
Concentrer toute son épargne retraite sur un seul support (uniquement du fonds euros, uniquement de l'immobilier, uniquement des actions) vous expose a un risque spécifique. La diversification entre classes d'actifs (actions, obligations, immobilier, monétaire) et entre enveloppes fiscales (PER, assurance-vie, PEA, compte-titres) est la meilleure protection contre les aléas des marches.
Ignorer la fiscalité de sortie
Bien préparer sa retraite, c'est aussi anticiper la fiscalité de la phase de restitution. Un PER alimente avec des versements déduits sera impose au barème progressif à la sortie en capital. Un retrait massif en une seule année peut conduire a une imposition dans les tranches les plus élevées. La planification fiscale de la sortie doit commencer au moins 3 à 5 ans avant la date de départ prévue.
Conclusion : un plan d'action personnalise
Planifier sa retraite n'est pas une science exacte mais un processus itératif qui s'affine année après année. L'essentiel est de démarrer le plus tôt possible, même avec des montants modestes, et d'augmenter progressivement son effort d'épargne a mesure que ses revenus augmentent.
Commencez par évaluer votre situation actuelle sur info-retraite.fr, calculez votre gap de retraite, puis mettez en place une stratégie d'épargne adaptée a votre age, votre profil de risque et votre situation fiscale. Revisitez votre plan chaque année et ajustez-le en fonction des evenements de vie (changement de poste, mariage, naissance, héritage, changement de fiscalité).
La retraite ne se prepare jamais trop tôt, mais il n'est jamais trop tard pour commencer. Même a 50 ans, 15 années d'épargne régulière et bien investie peuvent considérablement améliorer votre niveau de vie futur.
Les informations contenues dans cet article sont données a titre indicatif et ne constituent pas un conseil financier personnalise. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine pour une stratégie adaptée a votre situation.
