La reforme des retraites du 14 avril 2023 a profondément modifie les règles de départ à la retraite en France. Le relèvement progressif de l'âge légal de 62 à 64 ans et l'accélération de l'allongement de la durée de cotisation a 43 ans (172 trimestres) impactent des millions d'actifs qui doivent désormais recalculer leur calendrier de fin de carrière. En 2026, la reforme est pleinement en vigueur et ses effets se font sentir concrètement pour les générations nées à partir de 1962.
Ce guide fait le point complet sur les nouvelles règles applicables en 2026 et les cas particuliers qui permettent un départ anticipe.
La reforme 2023 : les deux piliers du nouveau système
La loi n°2023-270 du 14 avril 2023 portant reforme des retraites repose sur deux mesures principales qui fonctionnent conjointement.
Le relèvement progressif de l'âge légal a 64 ans
L'âge légal de départ à la retraite, c'est-à-dire l'âge minimum à partir duquel un assure peut demander la liquidation de sa pension de retraite, est progressivement releve de 62 à 64 ans. Ce relèvement s'effectue a raison de 3 mois supplémentaires par génération, selon le calendrier suivant :
- Génération 1961 (2e semestre) : 62 ans et 3 mois
- Génération 1962 : 62 ans et 6 mois
- Génération 1963 : 62 ans et 9 mois
- Génération 1964 : 63 ans
- Génération 1965 : 63 ans et 3 mois
- Génération 1966 : 63 ans et 6 mois
- Génération 1967 : 63 ans et 9 mois
- Génération 1968 et suivantes : 64 ans
En 2026, les personnes nées en 1962 atteignent 64 ans et sont les premières a être pleinement concernées par l'âge légal de 62 ans et 6 mois. Les générations nées en 1963 et 1964 préparent quant à elles leur départ en tenant compte des nouveaux seuils.
L'accélération de la durée de cotisation a 43 ans
Parallèlement au relèvement de l'âge légal, la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d'une retraite a taux plein est portée a 43 ans (172 trimestres). Cette mesure, initialement prévue par la reforme Touraine de 2014 pour être mise en oeuvre progressivement jusqu'en 2035, a ete accélérée par la reforme de 2023 pour atteindre 172 trimestres des la génération 1965.
Le calendrier détaillé par génération est le suivant :
- Génération 1961 (2e semestre) : 169 trimestres
- Génération 1962 : 169 trimestres
- Génération 1963 : 170 trimestres
- Génération 1964 : 171 trimestres
- Génération 1965 et suivantes : 172 trimestres
La double condition pour la retraite a taux plein
Pour bénéficier d'une retraite a taux plein, deux conditions doivent être remplies simultanément : avoir atteint l'âge légal de départ ET avoir cotise le nombre de trimestres requis pour sa génération. Si vous remplissez la condition d'age mais pas celle de la durée de cotisation, vous pouvez choisir de partir avec une decote ou d'attendre d'avoir tous vos trimestres. A l'inverse, même si vous avez tous vos trimestres avant l'âge légal, vous ne pouvez pas partir plus tôt (sauf dispositifs spécifiques comme les carrières longues).
Le calcul des trimestres : comment les valider
Un trimestre de cotisation ne correspond pas a trois mois de travail effectif. Il est valide sur la base du montant de la rémunération soumise a cotisations. En 2026, pour valider un trimestre, il faut avoir perçu une rémunération brute au moins égale a 150 fois le SMIC horaire brut, soit environ 1 747 euros bruts.
Pour valider les 4 trimestres d'une année, il faut donc avoir gagne au moins 4 x 1 747 = 6 988 euros bruts dans l'année. Un salarie au SMIC travaillant toute l'année valide automatiquement ses 4 trimestres. En revanche, un travailleur a temps très partiel ou un saisonnier peut ne valider que 1, 2 ou 3 trimestres dans l'année.
Les trimestres assimiles
Certaines périodes d'inactivité sont néanmoins prises en compte pour le calcul de la durée d'assurance. Ces trimestres, dits « assimiles », sont attribues sans cotisation dans les cas suivants :
- Chômage indemnise : 1 trimestre par période de 50 jours d'indemnisation
- Service national ou militaire : 1 trimestre par période de 90 jours
- Maladie : 1 trimestre par période de 60 jours d'indemnisation
- Maternité : 1 trimestre par accouchement
- Invalidité : totalité de la période d'invalidité
- Accident du travail : 1 trimestre par période de 60 jours d'indemnisation
Les majorations de durée d'assurance
Certaines situations donnent droit a des trimestres supplémentaires qui s'ajoutent à la durée d'assurance :
- Majoration pour enfant : 8 trimestres par enfant (4 au titre de la maternite/adoption et 4 au titre de l'éducation, ces derniers pouvant être repartis entre les parents)
- Majoration pour congé parental : trimestres du congé parental, dans la limite du nombre d'années de congé
- Majoration pour enfant handicape : 1 trimestre par période de 30 mois d'éducation d'un enfant handicape, dans la limite de 8 trimestres
Decote et surcote : l'impact financier du choix de la date de départ
La decote : le coût d'un départ anticipe
Si vous partez à la retraite sans avoir cotise le nombre de trimestres requis pour votre génération, une decote est appliquée sur le montant de votre pension. Le taux de decote est de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres.
Concrètement, pour un assure a qui il manque 8 trimestres (2 ans), la decote s'eleve a 8 x 1,25 % = 10 %. Si sa pension a taux plein aurait ete de 1 800 euros par mois, elle sera réduite a 1 620 euros par mois de manière définitive. Sur une durée de retraite de 25 ans, cette decote represente un manque à gagner total de 54 000 euros.
La decote est définitive : elle s'applique pendant toute la durée de la retraite, sans possibilité de révision. C'est pourquoi il est généralement deconseille de partir avec plus de 4 à 6 trimestres de decote, sauf situation personnelle particulière (santé, épargne suffisante, projet de reconversion).
Sachez que la decote ne peut pas faire descendre le taux de liquidation de la pension en dessous de 37,5 % (contre 50 % pour le taux plein). Au-delà de 20 trimestres manquants, la decote ne s'aggrave plus mais la pension reste calculée au prorata des trimestres cotises.
La surcote : la recompense de ceux qui prolongent
A l'inverse, si vous continuez à travailler au-delà de l'âge légal et après avoir atteint le nombre de trimestres requis pour le taux plein, une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire s'applique a votre pension. Il n'y a pas de plafond à la surcote.
Par exemple, un assure qui travaille 8 trimestres (2 ans) de plus que nécessaire bénéficiera d'une surcote de 10 % sur sa pension. Si sa pension de base a taux plein est de 1 800 euros, il percevra 1 980 euros par mois, soit 180 euros de plus chaque mois pendant toute la durée de sa retraite.
La surcote est particulièrement avantageuse car elle cumule trois effets positifs : l'augmentation du taux de pension, l'amélioration du salaire annuel moyen (les dernières années de travail sont souvent les mieux rémunérées) et l'augmentation du nombre de points Agirc-Arrco.
Attention aux effets de seuil
La surcote ne s'applique qu'aux trimestres accomplis après l'âge légal et au-delà de la durée de cotisation requise. Si vous avez atteint la durée de cotisation mais pas l'âge légal, les trimestres supplémentaires n'ouvrent pas droit à la surcote. Inversement, si vous avez depasse l'âge légal mais pas la durée de cotisation, les trimestres supplémentaires servent d'abord à combler les trimestres manquants avant de générer une surcote. Vérifiez attentivement votre situation auprès de votre caisse de retraite.
Les cas particuliers de départ anticipe
La reforme de 2023 a maintenu plusieurs dispositifs permettant un départ avant l'âge légal sous certaines conditions.
Les carrières longues
Le dispositif « carrières longues » permet aux personnes ayant commence à travailler tôt de partir avant l'âge légal. Depuis la reforme de 2023, trois bornes d'age sont prévues :
- Début d'activité avant 16 ans : départ possible à partir de 58 ans
- Début d'activité avant 18 ans : départ possible à partir de 60 ans
- Début d'activité avant 20 ans : départ possible à partir de 62 ans
- Début d'activité avant 21 ans : départ possible à partir de 63 ans
Pour en bénéficier, il faut justifier d'une durée de cotisation « réelle » (hors trimestres assimiles, à l'exception de certains d'entre eux) au moins égale à la durée requise pour sa génération, et avoir valide au moins 5 trimestres avant la fin de l'année civile de son 16e, 18e, 20e ou 21e anniversaire (4 trimestres pour ceux nés au 4e trimestre de l'année).
Le départ pour penibilite
Les salaries exposes a des facteurs de penibilite (travail de nuit, travail en équipes successives alternantes, travail répétitif, milieu hyperbare, températures extrêmes, bruit) accumulent des points sur leur Compte Professionnel de Prévention (C2P). Ces points peuvent être utilises pour obtenir des trimestres supplémentaires permettant un départ anticipe, dans la limite de 8 trimestres (2 ans).
Depuis la reforme de 2023, le seuil d'attribution des points a ete abaisse et le nombre maximal de points pouvant être accumules a ete releve, rendant le dispositif plus accessible.
Le départ pour handicap
Les travailleurs handicapés justifiant d'un taux d'incapacité permanente d'au moins 50 % pendant une durée minimale de cotisation peuvent partir des 55 ans sans decote. La durée minimale de cotisation requise varie selon l'âge de départ :
- Départ a 55 ans : au moins 30 ans de cotisation en situation de handicap
- Départ a 56 ans : au moins 29 ans
- Départ a 59 ans : au moins 26 ans
Ce dispositif est soumis a une double condition : une durée d'assurance totale et une durée d'assurance cotisée, toutes deux accomplies en situation de handicap.
Le départ pour inaptitude au travail
Les assures reconnus inaptes au travail par le médecin-conseil de la caisse d'assurance maladie peuvent partir à la retraite à l'âge légal sans decote, quel que soit leur nombre de trimestres. La pension est alors calculée a taux plein (50 %) même si la durée de cotisation est incomplète, mais elle reste proratisee en fonction du nombre de trimestres effectivement cotises.
L'âge du taux plein automatique
L'âge du taux plein automatique, également appelé « age d'annulation de la decote », est l'age à partir duquel la pension est automatiquement calculée a taux plein, quel que soit le nombre de trimestres cotises. Cet age est maintenu a 67 ans par la reforme de 2023.
A 67 ans, même un assure n'ayant cotise que 100 trimestres sur les 172 requis bénéficiera du taux plein de 50 %. Sa pension sera néanmoins proratisee : elle sera calculée sur la base de 100/172e de la pension maximale. Cet age constitue donc un filet de sécurité pour les personnes ayant eu des carrières très hachées ou ayant commence à travailler tardivement.
Simuler son âge de départ optimal
Plusieurs outils permettent de simuler votre date de départ idéale.
Le simulateur M@rel sur info-retraite.fr reste l'outil de référence. Il prend en compte l'ensemble de vos régimes, vos droits acquis et les nouvelles règles de la reforme 2023. Il vous permet de comparer les montants de pension selon différents ages de départ et d'identifier l'age optimal en fonction de vos objectifs.
L'entretien information retraite (EIR), gratuit et propose à partir de 45 ans, vous permet de faire le point avec un conseiller de votre caisse de retraite. Il est vivement recommande de le solliciter au moins 5 ans avant votre date de départ envisagée.
Enfin, le releve de carrière, disponible en ligne sur le site de chaque caisse de retraite, vous permet de vérifier l'exactitude de vos trimestres enregistres et de corriger les éventuelles erreurs avant qu'il ne soit trop tard.
Les impacts concrets de la reforme pour les actifs en 2026
En 2026, la reforme produit pleinement ses effets. Les personnes nées en 1964 doivent désormais attendre 63 ans au lieu de 62 pour partir à la retraite, soit un an supplémentaire. Pour la génération 1968 et les suivantes, ce sont 2 ans de travail supplémentaires qui sont exiges par rapport au système précédent.
L'impact financier est double : d'un cote, les assures cotisent plus longtemps et accumulent davantage de droits, ce qui ameliore le montant de leur pension. De l'autre, les deux années de travail supplémentaires retardent d'autant la jouissance de cette pension. Selon les projections du COR, l'allongement de la durée de cotisation pourrait améliorer le montant de la pension de 5 à 10 % pour les générations concernées, mais ce gain est partiellement compense par la réduction de la durée de la retraite.
Pour les actifs qui souhaitent maintenir leur âge de départ initial malgré la reforme, l'épargne retraite personnelle (PER, assurance-vie) devient un levier essentiel : en constituant un complément de revenus suffisant, il est possible de compenser les trimestres manquants et de partir avec une decote limitée tout en maintenant un niveau de vie satisfaisant.
Conclusion : anticiper et simuler régulièrement
La reforme des retraites de 2023 rend la planification de la fin de carrière plus complexe mais aussi plus nécessaire que jamais. Chaque assure doit connaître précisément sa génération, sa durée de cotisation et son âge légal de départ pour prendre des décisions éclairées.
Commencez par vérifier votre releve de carrière sur info-retraite.fr, simulez différents scénarios de départ et évaluez l'impact financier de chaque option. Si vous envisagez un départ anticipe, vérifiez votre éligibilité aux dispositifs spécifiques (carrières longues, penibilite, handicap). Et dans tous les cas, constituez une épargne complémentaire pour vous donner la liberté de choix au moment venu.
Les informations contenues dans cet article sont données a titre indicatif et peuvent évoluer en fonction des éventuelles modifications législatives ou réglementaires. Consultez votre caisse de retraite pour une information personnalisée.
